Pour Fabrice Calmels, Le Danseur Le Plus Grand Du Monde, La Taille N’est Qu’un Chiffre

Pour Fabrice Calmels, Le Danseur Le Plus Grand Du Monde, La Taille N’est Qu’un Chiffre

By Stephanie Wolf of Dance Informa.

Si vous demandez  à Fabrice Calmels ce qu’il voulait faire petit, la réponse pourrait vous surprendre.

«En réalité, ce que je voulais, c’était être un pilote de l’Air Force » explique t’il.

Il rêvait de piloter des jets, tout en prenant des cours de danse classique. A aucun moment il ne pouvait s’imaginer que son activité extrascolaire deviendrait sa passion et sa profession. Aujourd’hui, à 35 ans, Fabrice est danseur principal au Joffrey Baller à Chicago, avec sa taille (ndlr : il mesure 2 mètres), il détient le Guinness Record du danseur le plus grand au monde.

Apprendre à danser, puis réapprendre à danser

Né à Colombes, en France, Fabrice raconte que ses parents travaillaient énormément et qu’à quatre ans, il commença à suivre sa sœur à ses cours de danse classique. D’abord, pour simplement rester et regarder, pendant que ses parents travaillaient.

«Il n’y avait pas de garçon dans la classe de la professeure de danse [Murielle Maurin]» explique Fabrice Calmels. «Elle m’a donc dit «Cela fait longtemps que tu regardes, il est temps que tu passes à l’action.»

Mme Maurin, qui était la directrice de l’école de danse où Fabrice se rendait dans la ville de Magnanville, détecta son potentiel et l’a encouragé à poser sa candidature pour l’Ecole de Danse de l’Opéra de Paris. Il a fait son entrée dans la prestigieuse académie à neuf ans. Il avoue alors que « la donne était totalement différente» par rapport à la petite ville d’où il venait.

Et à 15 ans, il est tombé amoureux de cet art et de son expression et s’est donné pour mission d’entrer dans le corps de ballet de la prestigieuse institution.

«C’était ce que je voulais» explique t’il, « et quand j'ai réalisé, on sent la compétition et le stress monter car il n’y a qu’une seule chance en réalité»

Mais la pression de la réussite du concours d'entrée dans le corps de ballet n’était qu’une seule partie du défi que Fabrice avait en partie relevé. Cependant, vers l’âge de 17 ans, il a subit une poussée de croissance inattendue.

«Je prenais pratiquement 2,5 cm chaque mois » raconte-t-il  «C’était choquant…et très douloureux. Mes os grandissaient tellement qu’ils tiraient sur mes muscles.» Et de très  nombreuses difficultés se sont ajoutées, surtout quand on prend du poids aussi vite! «Le centre de gravité se déplace [...] Je perdais en technique et en force. J’étais sous pression car c’était ma dernière année à l’Ecole de Danse à l’Opéra de Paris.» Il explique alors qu’il a du réapprendre à danser et faire autrement.

La taille : « Un problème dans le domaine de la danse »

L’ambition de Fabrice d'avoir une place à l’Opéra de Paris n’a pas porté de fruits.

«C’était un choc mentalement lorsque je n’ai pas été accepté » explique t’il. « C’était comme si tous mes rêves étaient terminés. Mais c’était aussi à ce moment qu’il m'a fallut prendre la décision de continuer ou de laisser tomber.»

Claude Bessy, qui était le directeur de l’école à l’époque a encouragé Fabrice Calmels à partir à l’étranger. C’était ainsi qu’il s’est inscrit à la Rock School de Philadelphie et par la suite au Boston Ballet II. Il relate également que pendant ce temps il a repris confiance en lui.

Fabrice voyait son « corps comme une machine ». « Je devais le régler afin qu’il fonctionne correctement. J’ai donc décelé tous mes défauts pour ensuite les travailler et challenger ceux qui ne faisaient que la moitié de ma taille.»

Tout en s’intéressant aux opportunités que pouvaient lui apporter les Etats-Unis.

« J’ai donc passé des auditions partout » , le Joffrey Ballet compris. Le co-fondateur de la société, Gerald Arpino, décédé en 2008, ne se faisait aucuns soucis par rapport à la taille de Fabrice Calmels et lui offrit un poste. Fabrice est malgré tout retourné en France pour passer plus d’auditions en Europe avant d’accepter la proposition. Les attaques du 11 septembre 2001 sur les Tours Jumelles du World Trade Center l’ont empêché d’obtenir un visa. Ayant des doutes sur les prochaines opportunités qu’il aurait dans la danse, il rejoint le célèbre cabaret français du LIDO de Paris: une expérience incroyable qui a renforcée son esprit d’équipe.

Cependant, son rêve de l’Amérique et de danse classique n’était pas mort. Calmels a envoyé un courriel au Joffrey Ballet un an plus tard en 2002, pour faire une demande à Chicago. Ce fut un échec : les responsables de la société avaient décidé de diminuer les effectifs de la compagnie.  Il s’envola pour les Etats-Unis malgré tout.

Fabrice se rappelle de ces propos: «A la fin de la classe, ils m’ont répondu, ‘C’était agréable de t’avoir parmi nous, mais malheureusement nous n’avons rien à te proposer.» «Tout s’écroulait autour de moi. C’est à ce moment que Mr Arpino est sorti de son bureau, passa à côté de moi et me dit «Ah te voici. C’est bon, tu as réussi.»

Arpino n’avait aucune intention de supprimer des postes et insistait pour que Fabrice entre comme danseur dans la compagnie. Il trouva donc domicile au Joffrey Ballet.

«Ce qui le distinguait, ce n’était pas uniquement sa taille»

Fabrice décrit son premier grand moment avec la société Joffrey: c’était lorsqu’il avait obtenu le rôle de danseur principal dans l’œuvre de George Balanchine, Apollon. Un autre moment déterminant pour sa carrière était son rôle principal dans Othello de Lubovitch, A Dance in Three Acts, une adaptation de l’œuvre de Shakespear. Cette œuvre a tout d’abord été faite pour l’American Ballet Theater et le San Francisco Ballet en 1997. C’est en 2009 que Lubovitch a repris la pièce pour Joffrey Ballet. C’était un défi considérable pour Calmels.

«Le jeu d’acteur y est très présent, vu qu’on se doit de porter une histoire. C’est éreintant mais ce fut l’un des meilleurs moments que j’ai passés sur scène.» explique t’il.

Au départ, c’étaient la taille, l’apparence et les capacités techniques de Calmels qui ont attirées Lubovitch. Toutefois, c’est son talent artistique qui a pris le dessus pour qu’il obtienne le rôle.

D’après Lubovitch «Jouer sans dire un mot signifie capturer l’essence de ce qui est dépeint à travers la dynamique, le temps, la musicalité, les émotions, la vulnérabilité et par dessus tout, l’imagination.»  «C’est tout ce que Fabrice apporte abondamment dans le personnage d’Othello. Il est un danseur capable de parler un langage poétique corporel.»

Calmels a également été vivement sollicité grâce à son esprit d’équipe, une chose que Carla Körbes, l’ancienne danseuse principale de Pacific Northwest Ballet, peut attester. Elle affirme qu’ils ont dansé pour la première fois il y a quatre ans de cela, lorsqu’elle l’invita à danser à un festival de sa ville natale au Brésil. En ces temps là, Körbes habitait la ville de Seattle tandis que Calmels habitait Chicago.

«On s’est rencontré peu avant d’être partis au Brésil, » Körbes raconte, « mais travailler avec lui est venu d’une manière tellement naturel qu’il était facile pour nous de faire deux pas de deux en une journée.»

D’après elle, ce fut le début d’un grand partenariat, dans lequel sa taille était plus un avantage qu’un frein.

«Mais il représente plus que cela. Il est très attentif et minutieux comme partenaire. Nous nous entendons très bien. Nous nous amusons toujours lorsque nous montons en scène ensemble.»

«Le nouveau visage du ballet»

Le fait de ne pas avoir eu un autre danseur grand de taille, avant lui, une sorte de prédécesseur était décourageant.

«Lorsque vous demandez à un danseur, «Qui est votre héro ou votre idole ?». «Ils vous répondront sûrement quelqu’un qui leur ressemble. Quelqu’un qu’ils peuvent suivre.»

Il espère être une source d’inspiration pour les générations à venir, et pas exclusivement pour les danseurs de plus de deux mètres, mais également pour les danseurs plus jeunes, ayant des frustrations, qui pourrait leur sembler être un frein dans leur domaine.

«Il est important de croire en soi-même.  J’ai dû me faire confiance et redoubler de travail.»

D’après lui, il existe une évolution, il n’y a plus de  «critères du danseur idéal».

Calmels ajoute «Le changement est inévitable, bien que les gens ont du mal à l’accepter». «Il est à présent notoire que personne ne peut se prétendre être le meilleur en danse classique. Les personnes grandes de taille peuvent danser également. Les gens commencent à s’ouvrir à de nouveaux styles de danseurs.»

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